Date de publication :
17 mars 2026
Révisé par la rédaction Univadis.fr | Publié 17 mars 2026
À retenir
- Une étude prospective sur 113 patients victimes d’AVC aigus révèle que 26 % développent un syndrome des jambes sans repos (SJSR), avec une prévalence significativement plus élevée chez les patients présentant des lésions sous-corticales (p = 0,006) et une maladie des petits vaisseaux cérébraux (p = 0,0006).
- La moitié des patients atteints de SJSR ont montré une amélioration ou une résolution des symptômes lors du suivi à 3-6 mois.
Méthodologie
- Une étude observationnelle prospective a été menée auprès de 113 patients admis pour un AVC aigu au Centre des sciences de la santé de Kingston, Canada, avec un suivi de 3 à 6 mois.
- Les chercheurs ont utilisé le questionnaire Cambridge-Hopkins et l’échelle d’évaluation internationale du syndrome des jambes sans repos auto-administrés pour évaluer la symptomatologie, ainsi que le questionnaire de Berlin pour le risque d’apnée du sommeil.
- L’analyse comprenait l’évaluation des caractéristiques de l’AVC, l’imagerie cérébrale, les investigations hématologiques et les facteurs de risque cardiovasculaires, avec une attention particulière portée aux lésions sous-corticales et à la maladie des petits vaisseaux cérébraux.
- Les patients ont été catégorisés en 3 phénotypes distincts : SJSR chronique bilatéral (maladie de Willis-Ekbom), SJSR chronique principalement unilatéral et SJSR d’apparition aiguë lié à l’AVC.
Principaux résultats
- L’analyse a révélé une association statistiquement significative entre le diagnostic de SJSR et la localisation sous-corticale de l’AVC (p = 0,006 ; odds ratio [OR] 3,4 [1,4- 8,1]) ainsi qu’avec la présence de maladie des petits vaisseaux cérébraux (p = 0,0006 ; OR 4,6 [1,9- 11,3]).
- Parmi les 30 patients diagnostiqués avec un SJSR, 6 (20 %) présentaient une apparition aiguë, tandis que 24 (80 %) avaient un SJSR chronique, avec une durée moyenne de 119,5 ± 137,1 mois.
- Les déficits sensoriels à l’examen neurologique étaient significativement associés au diagnostic de SJSR (p = 0,012 ; OR 4,1 [1,2- 8,8]).
- Le diagnostic de maladie de Willis-Ekbom a montré une association significative avec des scores plus faibles sur l’échelle de Rankin modifiée lors du suivi (p = 0,0003), contrairement au SJSR chronique principalement unilatéral (p = 0,297) ou au SJSR aigu (p = 0,446).
En pratique
- L’accident vasculaire cérébral (AVC) représente la deuxième cause de mortalité et d’invalidité dans le monde, imposant un fardeau considérable aux familles et à la société, avec une tendance à l’augmentation due au vieillissement de la population mondiale.
- Les troubles du sommeil liés à l’AVC sont très prévalents avec une estimation supérieure à 50 %, mais le dépistage n’est effectué que dans 6 % des cas, probablement en raison d’une faible sensibilisation à l’importance d’un sommeil sain pour la récupération post-AVC.
- Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est un trouble sensorimoteur lié au sommeil avec une prévalence générale de 5 à 15 % chez les adultes, plus élevée dans les pays industrialisés d’Amérique du Nord et d’Europe (5 à 13 %) que dans les populations asiatiques (1 à 3 %).
- Le SJSR est particulièrement prévalent chez les patients victimes d’AVC, avec 10 à 15 % des patients développant soit un SJSR aigu, soit une exacerbation des symptômes chroniques au moment de l’ictus.
- Les études antérieures ont montré que plus des deux tiers des patients victimes d’AVC présentant un SJSR ont une atteinte unilatérale ou nettement asymétrique des membres, du même côté que le déficit moteur.
Les auteurs affirment que «
les observations de cette étude peuvent fournir un cadre pour des stratégies structurées de diagnostic et de traitement du syndrome des jambes sans repos chez les survivants d’un AVC ».
Principales limitations
Le diagnostic du SJSR repose sur l’histoire clinique rapportée par les patients et/ou leurs familles, avec une notation de sévérité entièrement subjective. De plus, la collecte des données à l’hôpital après l’AVC peut introduire un biais de rappel et des difficultés de communication. Les études polysomnographiques n’étaient disponibles que pour un nombre limité de patients, ce qui aurait pu être utile pour confirmer certaines observations cliniques. Cette étude monocentrique représente une population relativement âgée et l’absence d’un groupe témoin approprié limite la comparaison de la fréquence du SJSR entre les patients atteints d’AVC aigu et les sujets sans AVC.
Financements et liens d’intérêts
L’étude a été financée par une subvention de l’Institut de recherche de l’hôpital général de Kingston (R70263/2022). Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts financier ou personnel connu qui aurait pu influencer les travaux présentés dans cette étude.