Date de publication :
15 février 2026
NICE MATIN LE 15 FÉVRIER 2026
par Caroline MARTINAT
Jambes sans repos, miser sur le fer
Le Dr Rabih Ali-Ahmad, spécialiste du syndrome des jambes sans repos, insiste sur l’importance du traitement de la carence en fer dans le cerveau et alerte sur les risques liés à une catégorie de traitements.
Le syndrome des jambes sans repos peut sévèrement altérer la qualité de la vie, en entrainant des troubles du sommeil. Il augmente aussi le risque de troubles anxieux et dépressifs et il a un retentissement cognitif. Les patients sont épuisés, leur attention diminue.
POURTANT ASSEZ FRÉQUENT, le syndrome des jambes sans repos (SJSR) ou maladie de Willis Ekbom est un trouble méconnu et mal pris en charge.
Le Dr Rabih Ali-Ahmad fait le point sur les informations essentielles à retenir sur cette maladie, en particulier sur l’importance de traiter la carence en fer dans le cerveau et sur le risque de syndrome d’augmentation lié à certains médicaments, les agonistes dopaminergiques.
Trois caractéristiques pour identifier ce trouble
Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est caractérisé par trois composantes :
« La première est sensitive avec des sensations d’impatiences, de fourmillements dans les membres inférieurs, qui peuvent être douloureux, détaille le Dr Rabih Ali-Ahmad, neurologue au centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne.
La seconde, motrice, induit un besoin impérieux de bouger les membres inférieurs. Il survient plutôt le soir, au repos et il est amélioré par la marche.
La troisième est l’état d’hyper éveil des patients. Le SJSR est à l’origine de troubles du sommeil, de l’anxiété, voire de dépression. Aucune atteinte nerveuse ou musculaire n’explique ces symptômes ».
Le diagnostic est essentiellement clinique et ne repose que sur l’interrogatoire du patient. « La présence d’antécédents familiaux et des mouvements de jambes (mouvements périodiques), plaident en faveur de ce diagnostic ».
Deux profils de patients
Le premier profil concerne une catégorie de patients, plutôt jeunes, avec une prédisposition génétique : « On parle alors de cause primaire. Plusieurs facteurs peuvent favoriser les crises : consommation d’excitants (café, alcool, vin blanc..) de médicaments (antidépresseurs, neuroleptiques, antihistaminiques..) mais aussi la grossesse ».
Dans ce cas, le SJSR est causé par une carence en fer dans le cerveau (carence martiale intracérébrale) qui ne transparaît pas dans les analyses sanguines. « On a désormais tendance à traiter cette carence par voie intraveineuse avec une cure de fer en hôpital de jour ».
Le second profil regroupe en général des patients plus âgés pour lesquels la cause du SJSR est secondaire, en lien avec une pathologie comme le diabète, l’insuffisance rénale, l’anémie, une neuropathie, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaque ou encore une maladie rhumatismale. Dans ce cas, le traitement est avant tout causal : on traite d’abord la pathologie responsable du syndrome.
Attention au syndrome d’augmentation
Pour traiter le SJSR, les médecins disposent de trois groupes de médicaments, prescrits en fonction des comorbidités et du terrain des patients : les agonistes dopaminergiques, les alpha2-delta ligands (plutôt prescrits aux USA) et les opiacés pour les cas les plus sévères.
« Quand les symptômes s’aggravent, les patients et leurs médecins traitants ont tendance à augmenter la dose de médicaments, constate le neurologue. Cela peut s’évérer délétère dans le cas des agonistes dopaminergiques. Ils améliorent la situation pendant une semaine au mieux avant de l’aggraver. Car à partir d’une certaine dose, ils produisent des effets paradoxaux inverses de ceux qui sont recherchés : les signes apparaissent plus tôt, ils sont plus rapides et peuvent même s’étendre aux membres supérieurs. C’est une catastrophe. Le traitement devient alors inefficace ».
Pour éviter ce syndrome d’augmentation, lié aux agonistes dopaminergiques, il est préférable, en cas d’aggravation, de consulter un spécialiste pour ajuster ou modifier le traitement ou envisager une alternative.
L’ASSOCIATION FRANCE EKBOM (AFE) organise une réunion sur le syndrome des jambes sans repos le samedi 21 février de 9h à 12h, salle Franck Arnal à Toulon.
Le Dr Rabih Ali-Ahmad, neurologue et chef de service au centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne assurera la partie conférence et répondra aux questions de l’assistance.
L’AFE regroupe plus de 2200 adhérents partout en France. Elle s’appuie sur 27 correspondants régionaux pour faire connaître cette maladie méconnue et financer la recherche.
L’AFE a reçu l’agrément du ministère de la Santé. Tous ses bénévoles sont atteints par le syndrome des jambes sans repos.